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Migration, géopolitique et déshonneur

La litanie des drames liés à l’immigration semble ne jamais prendre fin. Les corps de 21 migrants d’origine subsaharienne ont été repêchés au large des côtes tunisiennes le 5 juillet. Chaque mois, les tentatives de traversée de la Méditerranée se soldent par des dizaines, des centaines de morts. Des chiffres qui perdent toute réalité au gré d’un fil Twitter ou en titre d’une brève sur un site d’actualité.

Alors que l’été s’installe, les rangs des candidats à l’exil continuent de grossir aux frontières de l’Europe.

Les racines du mal sont connues : la jeunesse des pays les moins avancés du monde, condamnée à une pauvreté endémique, est prête à tout risquer dans le seul espoir d’une vie moins sombre.

Si l’aide au développement de l’Union européenne (UE) a augmenté de 15 % cette année, pour atteindre 66 milliards d’euros, elle reste bien trop maigre pour soutenir les Etats les plus faibles à relever les défis structurels auxquels ils sont confrontés, en particulier l’amélioration de l’éducation, l’adaptation au changement climatique, le développement des emplois décents, œuvrer pour l’égalité entre les hommes et les femmes et en finir avec le travail des enfants.

Les contradictions de l’Europe en matière de migration deviennent intenables, tant d’un point de vue moral que géopolitique. La récente crise dont Ceuta, l’enclave espagnole en territoire marocain, a été le théâtre le 17 mai dernier est violemment venue le rappeler. Ulcéré que Madrid offre un accueil médical à l’un des chefs du Front Polisario, un mouvement qui revendique l’indépendance du Sahara occidental, le gouvernement marocain a soudain ouvert la frontière, laissant un passage à 10 000 personnes, dont près d’un quart sont mineures. Passé ce coup de sang de Rabat, la plupart de ceux ayant réussi à atteindre Ceuta ont été reconduits dans leur pays d’origine. Un geste d’« apaisement » particulièrement salué par Paris et ses partenaires européens. L’attitude du Maroc, aussi cynique que dangereuse, paraît calquée sur celle de la Turquie, qui compte sur son territoire plusieurs millions de déplacés ayant fui la guerre civile en Syrie. Ankara exerce ainsi un véritable chantage migratoire aux dirigeants de la Commission européenne.

Que sont devenus les migrants, sinon un simple moyen de pression dans les négociations internationales ?

L’UE aura bien du mal à rendre crédible toute posture humanitaire face à son opinion publique au regard de l’action aussi inefficace qu’illégale de Frontex, l’agence chargée de sécuriser les frontières de l’Europe. Une agence récemment étrillée par un rapport au vitriol de la Cour des comptes.

Éditorial

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