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Esclavage moderne : le Qatar lâche du lest

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Sous la pression des organisations non gouvernementales internationales, Doha vient de promulguer de nouvelles lois censées améliorer le sort de ses travailleurs migrants. Mais sur place, les mécanismes de contrôle pour les faire appliquer demeurent quasi inexistants.

PARTIS DE RIEN OU PAS GRAND-CHOSE, LES QUELQUE 2 MILLIONS DE MIGRANTS DU QATAR ONT FINALEMENT OBTENU FIN AOUT QUELQUES GARANTIES quant à leurs conditions de travail. Plusieurs lois programmées depuis octobre 2019 ont enfin été promulguées, annoncent les autorités de Doha, qui tentent de faire taire les critiques liées aux chantiers de la Coupe du monde de football de 2022 organisée par le richissime émirat gazier. Un salaire minimum mensuel de 231 €, des indemnités de 70 € pour la nourriture et de 115 € pour le logement s’imposent en théorie aux employeurs, si ces derniers services ne sont pas fournis par l’entreprise. Autre réforme significative, les travailleurs migrants n’ont désormais plus besoin d’obtenir l’accord de l’employeur pour quitter leur emploi. Un dispositif faisant partie du système dit de la « Kafala » (« tutelle », en arabe), un droit coutumier qui continue de s’exercer au Bahreïn, en Irak, en Jordanie, en Arabie Saoudite, à Oman, aux Emirats arabes unis ou au Liban.

Des employeurs tout-puissants

La « Kafala » permet un contrôle quasi total sur les salariés, principalement issus de la Corne de l’Afrique, de l’Asie du Sud-Est (Philippines, Malaisie, Indonésie…) ou du Pakistan. Son application demeure largement déconnectée des législations en vigueur, comme l’illustrent les pratiques à l’œuvre au Liban, où la ministre du Travail, Lamia Yammine, vient de publier un contrat de travail à l’intention des « employées de maison migrantes », visant à mettre fin à l’asservissement – théoriquement illégal – des femmes de ménages étrangères principalement recrutées au sein de la grande bourgeoisie locale. La « Kafala », à Beyrouth comme à Doha, repose également sur des considérations ethniques ou raciales, et les agences locales de placement des migrants appliquent des grilles de salaire en fonction de la couleur de la peau.

Au Qatar, en dépit des nouvelles lois promulguées, « les employeurs peuvent encore porter des accusations pénales de “fuite” contre les travailleurs qui quittent leur emploi sans autorisation. Ils restent également responsables du renouvellement et de l’annulation des permis de séjour, conservant ainsi un pouvoir considérable sur leurs employés », souligne Amnesty Internationale. L’ONG appelle le pays « à mettre en place des mécanismes d’inspection et de plainte solides pour permettre aux travailleurs qui ont été victimes de violations des droits de l’Homme d’accéder rapidement à la justice et à des recours ». Car la bonne volonté apparente de l’émirat se heurte à l’inexistence sur place de syndicats, à l’indifférence des représentations diplomatiques censées défendre leurs nationaux et à une société civile (associations, ONG) embryonnaire. Mais également aux résistances d’un patronat local largement insensible à la reconnaissance des droits les plus élémentaires, dans un pays qui n’a aboli l’esclavage qu’en ?… 1952.

Soucieuse de rehausser son image à l’approche de la Coupe du monde 2022, la monarchie absolue réagit essentiellement aux pressions venues de l’extérieur, qu’elles émanent d’ONG occidentales, de l’Organisation internationale du travail (OIT) ou de syndicats étrangers comme la CGT. Ainsi, l’annonce de la promulgation de ces lois fin août n’est intervenue que quelques jours après la publication d’un rapport de 78 pages de Human Rights Watch, accusant le Qatar de continuer de violer les droits des travailleurs, de ne pas tenir ses engagements pris en 2017 auprès de l’OIT et de laisser prospérer un système basé sur l’impunité totale dont jouissent les entrepreneurs.

Peuplé de seulement 250 000 habitants qatariens, l’émirat dépend pourtant largement de ses 2 millions de migrants, lesquels constituent près de 95 % de sa main-d’œuvre.

… et d’ailleurs

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