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Les folles banderoles

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Je revois la foule en nombre et en colère, écumant sous le soleil et les slogans.

Et j’entends dans la révolte les cris amers qui éclatent et retentissent chez les soignants.

Et perdue parmi ces gens qui me bousculent, étourdie, je perds mon souffle et je m’écarte.

Quand soudain, je me retourne, il se recule et mes yeux se fixent alors sur sa pancarte.

« Macron, regarde ta Rolex, c’est l’heure de la révolte »

Marrant, ce slogan. Je souris. Et le prends en photo. Le type qui tient la pancarte me sourit aussi. Connivence de manif.

Emportés par la foule qui chante, nous enchante, galvanisés par les autres, nous ne scandons qu’un couplet. Les meneurs sans effort nous poussent, solidaires des nôtres et nous mettent en liesse au milieu des mensonges dictés par eux.

« Macron, si tu savais, ta Ségur où on s’la met ! »

Marrant ce couplet. Je souris encore. Ségur… la comtesse… les malheurs de Sophie… Sophie Rostopchine… la comtesse de Ségur. Mais en fait non, ça colle pas. Les slogans sont pas bons collègue !

Entraînée par ces autres si complices qui brandissent de folles banderoles, ma raison s’est égarée.

Et soudain disparues mes pensées mystifiées s’envolent, et retombe la joie trompée du défilé.

La Rolex, la comtesse… le doute m’habite… Il y a quelque chose de pourri dans les slogans de cette manif. La Rolex, c’était celle de Sarkozy, le président de la droite bling-bling(1) qui affichait ostensiblement ses signes extérieurs de richesse. La soirée au Fouquet’s, les vacances sur le yacht de Bolloré… et la fameuse montre à 6 300 €. C’est la petite phrase méprisante de Séguéla : « Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. » Cette petite phrase qui avait fait un tollé, ce mépris qui ne se cachait même plus. La Rolex est restée célèbre, symbole ostentatoire d’une politique par et pour les riches. Mais le président actuel a-t-il fait la même erreur ? Je ralentis le pas, j’ai besoin de vérifier quelque chose. Je sors mon portable et pianote sur Google « Macron + montre ». En moins de cinq minutes, j’apprends que Macron n’a pas de Rolex et que Bill Clinton faisait raccourcir la manche de ses chemises sur mesure du côté de sa montre. Pif paf plouf, le slogan tombe à l’eau.

Et « la comtesse », on en parle ? Ségur, c’est une petite commune aveyronnaise de 591 habitants, mais c’est aussi et surtout l’avenue de Ségur, du nom de Philippe Henri de Ségur, secrétaire d’Etat à la guerre de Louis XVI, et arrière-grand-père du mari de la comtesse du même nom. Le Ségur de la santé n’a donc rien à voir avec les mémoires d’un âne, bien que le jeu de mots soit tentant.

Emportée par la foule qui me trompe tout s’estompe, je m’éloigne du cortège, je doute et je me débats. Mais le son de ma voix ne peut faire taire le florilège des slogans mensongers de la horde enivrée.

Désinformation, malinformation, mésinformation… Combien de fois me suis-je déjà fait emporter par le flot continu des infos en continu ? Combien de vérifications n’ai-je pas faites, au nom de ma naïve crédibilité ? Combien de mensonges et d’approximations dispersés ici et là, au gré des titres putaclic et des slogans racoleurs ? Il est trop tard, cette fois encore. L’homme à la pancarte a disparu, et les cris se sont tus, emportés par la foule, qui s’éloigne… Et je stagne, au milieu de mes pensées, dépitée. Désabusée.

Notes

La minute de Flo

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