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Tribune

Etudiants en travail social, un avenir en danger !


Publié le : 11.10.2019 I Dernière Mise à jour : 11.10.2019

Auteur

  • Solenne Roubertou, Paul Conterion, Benjamin Lebrun, Nourredine Berkat, Benjamin Sainty

Un collectif d’étudiants en travail social se mobilise contre la réforme en cours de leurs formations et dénonce, dans une lettre ouverte à la ministre des Solidarités, son application précipitée. Laquelle risque, selon eux, de mettre en difficulté les étudiants déjà en cours de cursus.

« Madame la Ministre,

Durant l’été 2018, sont parus les décrets réformant les formations du social[1]. La volonté affichée dans le cadre de la réingénierie des diplômes du travail social est de permettre l’acquisition d’un socle de compétences et de connaissances communes aux cinq formations d’éducateurs spécialisés (ES), d’éducateurs de jeunes enfants (EJE), d’assistants de service social (ASS), d’éducateurs techniques spécialisés (ETS) et de conseillers en économie sociale et familiale (CESF). Cette réforme change le contenu pédagogique ainsi que les modalités d’évaluation, mais surtout la reconnaissance des diplômes, qui seront de niveau bac + 3 à partir de 2021, tandis que les promotions précédentes restent reconnues au niveau bac + 2 pour trois années de formation.

Cette réforme, applicable dès la rentrée 2018, n’a laissé que peu de temps aux centres de formation pour la mettre en œuvre. Cette précipitation nous coûte cher. Elle nous laisse sur le carreau.

Une « inégalité des droits »

Vous le savez, les étudiants passant leur session d’examen au printemps 2020 valident leurs diplômes selon les modalités des réformes antérieures. Ayant commencé leur cursus avant la publication de votre décret, leur formation n’a pas été impactée. Néanmoins, vous avez décidé, dans l’article 11, que les modalités de validation des diplômes seront abrogées, c’est-à-dire supprimées, à l’issue de la session d’examen 2020. Il sera dès lors nécessaire pour les étudiants n’ayant pas validé ne serait-ce qu’un domaine de compétences (DC) de recommencer à zéro, soit au total six ans de formation. Pire, c’est durant leur année de passage du diplôme et de ces multiples modalités de certifications que nous l’apprenons.

Le manque de considération que vous portez aux étudiants en travail social ne peut que nous laisser envisager un avenir sombre dans l’évolution de notre secteur et dans l’accompagnement des publics. De ce fait, vous excluez des étudiants précaires qui n’auront pas la possibilité de financer trois ans de formation supplémentaires, ainsi que les personnes ayant suspendu leur formation pour des raisons personnelles ou médicales.

Cette réforme est une violation de nos droits, directe et assumée de la part du ministère des Solidarités et de la Santé. Non seulement cela instaure l’inégalité des droits, des chances et de traitement entre les différentes promotions selon l’année d’inscription, mais cela revient aussi à nier la valeur des compétences et des savoirs que nous aurons acquis et validés dans le cadre de notre formation. Pendant longtemps, nous étions loin de nous douter du sort que vous nous réserviez. Nous espérions un peu d’éthique : vous nous opposez votre cynisme. Après différentes interpellations de votre ministère, vous nous avez confirmé, sans honte, que votre réforme mettait fin aux rattrapages. C’est un mépris de la part des pouvoirs publics pour toute une génération de travailleurs sociaux en formation.

Des étudiants précaires

Les formations aux métiers du social sont éprouvantes et mal reconnues, elles demandent un investissement physique et psychique important. A l’image d’une majorité d’étudiants en France, nous subissons une précarité économique et sociale. Ainsi, le fait que le travail social ne soit plus reconnu comme un métier sous tension dans différentes régions entraîne une réduction des accès au financement de la formation par Pôle emploi. Nombre d’entre nous, vivant dans la précarité, sont contraints de financer leurs études comme ils le peuvent (famille, emprunt, travail de nuit et le week-end…), mettant en danger leur santé. Trop d’étudiants doivent interrompre leur formation en raison des difficultés financières qu’ils rencontrent.

Le faible montant de la gratification des stages ne permet pas de sortir de cette précarité, d’autant que cette gratification est l’objet de nombreux contournements par le biais de stages plus courts ou séparés en deux périodes, afin d’éviter d’entrer dans la réglementation la rendant obligatoire. Trop souvent, les étudiants galèrent à trouver des stages, gratifiés ou non, du fait du manque de financement des structures, d’un budget dédié et de la dégradation des conditions matérielles et humaines d’accueil. Pour celles et ceux qui parviennent à accéder à un stage, ils servent trop souvent de variable d’ajustement aux établissements subissant le manque chronique de personnels.

Madame la Ministre, à quelques mois des épreuves, l’insécurité que votre réforme fait planer sur nous nous empêche d’élaborer, d’écrire, de réviser et nous contraint à défendre nos droits.

Malgré toutes ces préoccupations, ces difficultés, ces sacrifices, nous aimons ce que nous faisons. Ces métiers, nous les avons choisis. Nous sommes animés par la conviction que chaque être humain a sa place dans notre société et que personne ne devrait être laissé à l’abandon. C’est la certitude que la différence est une richesse et que chacun a droit à ce qu’on le respecte et l’estime pour ce qu’il est.

Derrière la réforme des formations du social, c’est la remise en cause de tout le travail social qui s’opère par la libéralisation du secteur, par les suppressions de financements et de moyens humains, par la volonté de “performance” comme dans le secteur de la santé. Nous le savons, il ne s’agit pas d’un oubli, mais d’une décision politique : cette réforme n’a pas été écrite par hasard, mais a été pensée pour organiser un tri social et la mise en concurrence des travailleurs sociaux.

Madame la Ministre, nous ne nous laisserons pas abandonner. Nous vous demandons de respecter nos droits, nos valeurs, et surtout nos formations et nos métiers, sans lesquels aucune de vos politiques publiques ne pourrait s’appliquer.

Mépriser les étudiants et travailleurs sociaux de France, c’est aussi mépriser l’ensemble des personnes que nous serons amenés à accompagner.

C’est pourquoi nous revendiquons :

• la suppression de l’article 11 des arrêtés du 22 août 2018 ;

• la garantie de pouvoir finir notre formation, qu’elle soit financée et que des rattrapages soient organisés ;

• le financement public des gratifications de stages pour nous garantir des conditions de professionnalisation satisfaisantes, notamment par la création d’un budget dédié ;

• le bac + 3 rétroactif pour tous, quelle que soit l’année d’entrée en formation.

Nous appelons l’ensemble des étudiants, tous les acteurs du social et du médico-social ainsi que les personnes accompagnées à se mobiliser et à signer largement notre appel[2], à organiser des assemblées générales sur leur lieu d’études ou de travail afin de discuter des réformes en cours dans nos formations. Il est temps de se coordonner pour défendre collectivement nos droits, nos formations, nos métiers et le public accueilli. »

Notes

(1) Voir ASH n° 3075 du 15-09-18, p. 6.

(2) Disponible via le lien : http://chng.it/zMBqtZFT.

Contact : mobilisationredoublementsocial@gmail.com

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