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Focus

Addiction - Pour un décloisonnement des pratiques professionnelles


Publié le : 11.10.2019 I Dernière Mise à jour : 11.10.2019

Auteur

  • Sarah Bos

Lors d’une journée d’échanges, le 3 octobre, la Fédération des acteurs de la solidarité Ile-de-France et la Fédération Addiction ont à nouveau exprimé leur volonté de travailler ensemble sur l’accueil des publics défavorisés ayant une consommation à risque, et de faire évoluer leurs pratiques.

« Je ne sais pas soigner quelqu’un à la rue. Je me suis planté à chaque fois que j’ai essayé. » Médecin au centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Emmanuel Bernard a justifié par ces mots la nécessité du travail en réseau avec les professionnels de la lutte contre la précarité. Invité à intervenir lors de la journée d’échanges organisée le 3 octobre par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) Ile-de-France et la Fédération Addiction, il a présenté avec Katia Bourdon, assistante sociale au Csapa La Mosaïque, à Montreuil, et Eric Lemercier, du service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) 93, les résultats de l’expérimentation à laquelle ils participent. Menée sous l’égide de l’Observatoire Addictologie 93 et du SIAO 93, cette expérimentation lancée en 2014 vise à proposer aux personnes concernées par des problématiques d’addiction qui vivent à la rue un hébergement et un accès aux soins, mais uniquement sur le mode de la libre adhésion.

« Nous avons voulu améliorer les relations de travail entre deux mondes différents, explique Katia Bourdon. Il est important de garder à l’esprit qu’avoir un toit n’est pas une fin en soi. Il va falloir que la personne s’adapte à des règles de vie. Et ce n’est pas évident non plus pour les travailleurs de ces centres d’hébergement. Il faut que le résident parvienne à verbaliser ce qu’il traverse, pour pouvoir ensuite réduire sa consommation. »

Et parce que les ruptures de parcours sont aussi le résultat de pathologies psychiatriques non diagnostiquées, les psychiatres peuvent également être partie prenante d’une telle démarche. L’équipe mobile psychiatrie-précarité (EMPP) de Seine-Saint-Denis a récemment fait le choix de se joindre à l’expérimentation. Malgré des résultats encore modestes (60 situations traitées en cinq ans), celle-ci fait pourtant figure d’exemple à suivre. Partant du constat que les publics qu’ils accompagnent connaissent parfois les mêmes problématiques, les deux fédérations se sont lancées dans un partenariat à l’échelle de l’Ile-de-France, non seulement pour partager leurs pratiques et leurs connaissances, mais aussi pour améliorer in fine les parcours et la prise en charge des personnes. Le cloisonnement des politiques publiques a en effet entraîné la création d’hébergements spécialisés en addictologie, distincts des structures d’accueil, d’hébergement et d’insertion (AHI) généralistes. Avec notamment pour résultat une moindre connaissance des problématiques d’addiction chez les équipes travaillant dans les structures AHI.

En la matière, les questionnements touchant à l’éthique ne manquent pas. Comment amener au soin des personnes qui sont parfois dans le déni de leur addiction ? Et comment respecter leur volonté ? Car si certaines personnes souhaitent être aidées, d’autres, comme le souligne Sébastien Frutieaux, président de l’association Dignité, ont d’abord besoin d’être seules. Comment gérer également la vie d’un centre d’hébergement régi par des règles que des personnes consommatrices de substances psychoactives peuvent être amenées à enfreindre ? Parmi les réponses apportées par les participants à cette journée d’échanges, ce qui ressort est d’abord la formation et la sensibilisation des acteurs, notamment à la démarche de réduction des risques(1). Dans cette même optique, les structures pourraient faire intervenir des travailleurs pairs, ayant eu la même expérience de vie que les résidents.

Ces questions semblent pourtant bien difficiles à traiter dans le contexte actuel d’une limitation du nombre de places en hébergement comme dans le logement. Pour Emmanuel Bernard, la situation est particulièrement compliquée : l’équipe ne répond pour l’heure qu’à une demande sur cinq. « Une vraie politique de “Logement d’abord” doit être mise en œuvre, explique Isabelle Médou-Marère, directrice régionale de la FAS Ile-de-France. Ce qui signifie aussi la mise en œuvre d’un accompagnement pluridisciplinaire adapté aux besoins des personnes. »

Notes

(1) Démarche qui entend limiter les risques liés à la consommation, sans nécessairement avoir comme premiers objectifs le sevrage et l’abstinence.

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