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Réflexions sur l'homoparentalité

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« Nous ne pouvons faire l'économie de réfléchir sur la norme familiale père, mère, enfants » , estime Luce Janin-Devillars, psychologue et psychanalyste (1), à la suite d'un courrier publié dans nos colonnes en juin dernier (2). Un éducateur spécialisé, membre de l'Association de parents gays et lesbiens, affirmait que les travailleurs sociaux abordent avec difficulté le thème de l'homosexualité dans la relation éducative et s'interrogeait sur le problème de l'homoparentalité.

« 'Pourquoi l'homosexualité dérange-t-elle ? ", demande un récent courrier des ASH à propos des travailleurs sociaux qui, selon l'auteur de l'article, auraient du mal à prendre en compte cette donnée, 'faute de références ". On peut d'abord se demander la raison pour laquelle les éducateurs sont ainsi mis en facteur commun comme s'il ne s'agissait pas de sujets -rassemblés par des pratiques communes - mais néanmoins autonomes et porteurs chacun d'une histoire qui leur est propre. Tous ceux qui les côtoient, médecins, infirmières, psy..., disposent probable ment d'une expérience, elle aussi spécifique, quant au regard que portent les travailleurs sociaux sur l'homosexualité et sur la parenté homosexuelle, autre thème abordé dans ce courrier.

« Mais, au-delà de cette prise de position plutôt rapide, il convient peut-être de s'interroger sur les questions que posent l'homosexualité et son corollaire, l'homoparentalité, à chacun d'entre nous, non seulement comme témoins d'une autre façon de vivre la relation amoureuse mais aussi comme acteurs engagés, qu'on le veuille ou non, qu'on le sache ou non, dans une problématique qui nous concerne tous.

« Si, selon Freud, le petit enfant est à lui-même son propre idéal, il lui faudra traverser bien des étapes, affronter bien des écueils avant de rencontrer le non-pareil, celui ou celle qui, par sa différence et les questions (jamais résolues) qu'il ou elle pose, va l'ouvrir à l'expérience du désir  désir qui s'inscrit toujours dans l'incomplétude de l'attente de l'Autre. Certains d'entre nous'croient" faire un choix différent, celui du même. Toutes les sociétés ont, plus ou moins, stigmatisé cette dilection, l'ont réprimée, voire punie, au nom d'une norme. Car il est plus économique, pour la communauté sociale, de pointer la transgression que d'interroger les émotions et les envies qu'elle est capable de susciter : sentiment de toute-puissance, fantasme d'androgynat, bref, faire ce qu'on veut, quand on veut et avec qui on veut. En somme, si la norme mérite d'être questionnée, elle ne soustrait personne à une interrogation sur la volonté de banaliser la transgression.

« L'homoparentalité, qui dit que l'individu ne naît plus de la rencontre d'un homme et d'une femme mais d'un modèle technologique et narcissique (mères porteuses, fécondation in vitro...), ouvre à cette réflexion. Qu'est-ce qu'un père ? La conception d'un enfant est-elle seulement la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule ? Certes, le fait biologique ne se suffit pas à lui-même, pas plus que la trace de la pensée ne constitue la pensée. Il exige cependant qu'on s'y soumette, naturellement ou par éprouvette interposée. Le fait psychique (filiation, identification) s'élabore à partir de représentations qui seront ordonnées par le discours parental, discours verbal et non verbal. C'est dire que ce ne sont ni la société ni la morale chrétienne qui nous imposent une norme familiale père, mère, enfants pour se survivre à elles-mêmes, mais une configuration somato-psychique sur laquelle nous ne pouvons, même par artifice, faire l'économie de réfléchir. »

Notes

(1)  Luce Janin-Devillars est chercheur enseignant à l'université de Paris-V : 45, rue des Saints-Pères - 75006 Paris.

(2)   « Homosexualité et travail social : le poids du silence »  - ASH n° 2027 du 13-06-97.

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