Recevoir la newsletter

Guillaume Kasbarian au logement : entre indignation et inquiétudes

Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal avait annoncé la volonté d’assouplir la loi « solidarité et renouvellement urbain » (SRU) qui oblige les communes à prévoir 20 à 25 % de logements sociaux.

Crédit photo DR
La nomination de Guillaume Kasbarian, co-rapporteur avec Aurore Bergé de la loi « anti-squat », comme ministre délégué, chargé du logement, inquiète un secteur marqué par une crise persistante. Et elle confirme le cap dessiné par le Premier ministre qui entend assouplir la loi SRU.

« On aurait préféré ne pas avoir de ministre » Les mots sont de Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre. Mais ils résonnent, à l’unisson, au sein d’un secteur sonné par l’annonce.

Guillaume Kasbarian, 36 ans, député Renaissance de l’Eure-et-Loire, est donc nommé ministre délégué chargé du logement, auprès du ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu.

Une nomination vécue, par beaucoup, comme une provocation. L’homme, fidèle de la première heure du Président Macron, a donné son nom à la loi « anti-squat » du 27 juillet 2023, visant à protéger les logements contre l’occupation illicite.

Lire aussi : Gouvernement : on connait (enfin) les ministres chargés du secteur social

A l’époque, les organisations du secteur avaient ferraillé contre ce texte censé protéger les petits propriétaires. Mais pas seulement. La défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), ou encore les rapporteurs de l’Organisation des Nations unies sur le logement convenable l’avaient, chacun à leur manière, désapprouvé. La mobilisation avait eu raison de la mesure la plus décriée, sanctionnant de six mois de prison les personnes ne quittant pas son logement après un jugement d’expulsion.

Sur le même sujet : Expulsions locatives : menaces sur le droit au logement

C’est peu dire que la réputation de Guillaume Kasbarian le précède. « C’est une caricature du député qui s’oppose aux mal-logés, tacle encore Manuel Domergue. En général, on place à ce poste une personnalité qui a fait preuve d’une sensibilité pour les questions sociales. Lui est l’auteur de la pire réforme qu’on ait pu connaître ces dernières années en matière de politique du logement. » Une loi qui « s’attaque aux victimes du mal-logement, pour les criminaliser, plutôt qu’à ses causes », poursuit Camille Régis, déléguée générale de la Fédération des associations et des acteurs pour la promotion et l'insertion par le logement (Fapil).

Une inquiétude plus générale 

Si les uns et les autres s’accordent à vouloir éviter le procès d’intention, et se tiennent prêts à travailler avec le nouveau ministre, aucun ne cache son inquiétude. « C’est un choc. Qui est aussi une affaire de contexte, s’indigne Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Depuis quelques semaines, une série de signaux dessine une orientation gouvernementale qui suscite l’inquiétude : la loi immigration – même édulcorée par le Conseil constitutionnel –, les annonces sur la loi SRU, la dégradation de la protection des chômeurs de longue durée, etc. Et on nomme au Logement une personnalité qui a porté mordicus ce projet fou d’infliger des peines de prison à des personnes en impayés de loyer. L’un de nos principaux combats de 2023… »

Cette nomination s’inscrit dans la droite ligne des orientations du Premier ministre. Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal avait annoncé la volonté d’assouplir la loi « solidarité et renouvellement urbain » (SRU) qui oblige les communes à prévoir 20 % à 25 % de logements sociaux. Le logement intermédiaire, dédié aux classes moyennes, pourrait désormais être intégré dans le décompte. Un « détricotage » de la loi que même l’association des petites villes de France a contesté, souligne Camille Régis à la Fapil : « C’est un cadeau fait aux maires qui n’ont pas envie de construire du logement social. Et ce n’est pas de cela dont ont besoin les 2,5  millions de personnes en attente de pouvoir en bénéficier. »

L'arrivée de Guillaume Kasbarian signe aussi le départ d'un défenseur de la loi SRU. Nommé aux Transports, Patrice Vergriete constitue probablement une épine de moins pour mener à bien cette réforme. Les organisations du secteur n'aspirent désormais qu'à une chose : s’être trompés. 

 

Société

S'abonner
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client 01.40.05.23.15

par mail

Recruteurs

Rendez-vous sur votre espace recruteur.

Espace recruteur