Société

Un jeune sur quatre ne part jamais en vacances, une "injustice sociale" qui s'aggrave

  • 02/04/2012

"Depuis 2004, le taux de départ en vacances des enfants et des jeunes ne progresse plus et les inégalités se renforcent". C'est l'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ) qui dresse ce triste constat, au vu des résultats d'une enquête nationale menée auprès de 2 500 familles sur l'accès au départ et les pratiques en matière de vacances.
Les enfants vivant dans un foyer dont les revenus sont inférieurs à 1 500 euros mensuels sont de moins en moins nombreux à pouvoir partir en vacances (un sur deux aujourd'hui contre 58 % en 2004, date de la précédente étude disponible sur le sujet, réalisée par l'INSEE).

Pas d'argent pour partir

"Au total, chaque année, trois millions d'enfants et de jeunes ne partent pas en vacances", soit un quart de la population des 5 à 19 ans, et deux millions ne quittent jamais leur lieu de résidence (15 %).
Quant à ceux qui partent, le nombre de jours passés en vacances dans l'année continue à se réduire, poursuit l'OVLEJ, en indiquant que "cette érosion touche fortement les enfants des familles à revenu inférieur à 1 500 euros et s'étend aujourd'hui aux classes moyennes et supérieures", même si les raisons financières sont prédominantes dans la capacité des familles à pouvoir offrir des vacances à leurs enfants.
Des congés qui se déclinent ainsi, de plus en plus, sous le seul mode des vacances avec les parents, de plus en plus tard, "l'accès à une diversité d'expériences de vacances [étant] réservé aux enfants des catégories les plus aisées et cultivées".

Privés de jolies colonies de vacances

Certes, "la progression des vacances avec les parents répond à la valorisation sociale du temps libre partagé en famille", nuance l'observatoire, mais elle entraîne aussi "une dépendance accrue du départ des enfants à celle de leurs parents qui pose question", poursuit-il en constatant que, "en 30 ans, la proportion de moins de 16 ans partant en vacances chez ou avec les grands-parents s'est réduite de moitié et leur taux de départ en séjour collectif est passé de 16 % à 10 %".
Paradoxalement, "l'accès aux colonies ou camps de vacances est encore plus fortement que les autres modes de vacances marqué par de fortes inégalités liées au revenu des familles", les aides au départ se révélant indispensables pour 88 % des familles qui ont fait partir leur enfant en séjour collectif et n'auraient pas pu sans.
Mais ces aides "restent insuffisantes", note alors l'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes, en soulignant que les prestations des caisses d'allocations familiales (CAF) ciblent les familles les plus défavorisées.

Les aides de la CAF trop ciblées

Et l'OVLEJ de constater que "les classes moyennes, si elles n'ont pas accès à un comité d'entreprise ou ne vivent pas dans une commune qui contribue au financement des séjours collectifs, rencontrent des difficultés croissantes à faire partir leur enfant dans ce cadre".
Or, "dans un contexte de crise économique qui fragilise l'ensemble des familles, et particulièrement les plus modestes, le départ en vacances des enfants, des adolescents et des jeunes constitue un enjeu à la fois social et éducatif", conclut en effet l'organisme.
Un enjeu social, "car près de trois millions d'enfants et de jeunes sont aujourd'hui exclus du départ en vacances, qui est pourtant une pratique habituelle pour leurs camarades et la norme dans notre société". Et un enjeu éducatif, "car l'accès au départ, à des vacances entre soi mais également ouvertes aux autres participe à la construction de l'autonomie et contribue à l'apprentissage de la mobilité".
Au regard de ces enjeux, "le départ en vacances des enfants, des adolescents et des jeunes, leur accès à une diversité d'expériences doivent-il relever de la seule responsabilité des familles ou d'une responsabilité collective ?", fait mine de s'interroger l'OVLEJ, en concluant sur une dernière question, dont la réponse apparaît tout aussi évidente : "Auquel cas, ne devraient-il pas être plus largement pris en compte par les politiques publiques ?"

L'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ) est une association constituée par la Jeunesse au plein air (JPA) et l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT). Contact : ObservatoireVLEJ@aol.com

A.S.



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